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La psychologie du yoga, nidra

La psychologie du yoga, nidra

Article Psychologie du yoga Nidra Magazine Heartfulness

 

Le yoga inclut la science de tous les corps – le corps physique, le mental et l’âme. En d’autres termes, il couvre tout le champ de la psychologie. Le mot «psyché» vient du grec psukhē, qui signifie force vitale ou âme. À l’origine, la psychologie était l’étude de la relation entre le mental et l’âme. Mais une grande partie de la psychologie occidentale moderne s’est désintéressée du rôle de l’âme, alors qu’il est central dans le yoga.
Par le yoga, nous explorons la conscience et les changements qui se produisent dans son champ, à mesure que nous passons par les différents chakras et koshas. Dans cette série d’articles, Kamlesh Patel nous explique les bases de la psychologie yogique.

 

L‘auteur se fonde sur les descriptions que fait Patanjali des différentes modifications mentales, dont certaines nous conduisent à l’équilibre et au bien-être tandis que d’autres nous en éloignent. Il nous donne des conseils et des solutions pour parvenir au bien-être mental par des pratiques yogiques. Dans cette troisième partie, il étudie la quatrième vritti décrite dans les Yoga Sutras de Patanjali: nidra, le sommeil. Dans le sommeil, nous allons au-delà de la conscience.

 

Les vrittis

Les cinq vrittis sont les cinq types de schémas ou tendances énergétiques que nous créons dans le champ de notre conscience, chit. «Tourbillon» est la traduction littérale du mot vritti, les vrittis sont donc les tourbillons, les vagues et les ondulations qui se forment dans ce champ selon la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure et interagissons avec lui.

L’âme entre mouvement, pensée et tranquillité

Essayez d’imaginer l’état originel de notre être, le Centre de notre être, où il n’y a que de la tranquillité. C’est à partir de ce Centre que tout ce que nous pensons et faisons se manifeste. On peut l’appeler la position par défaut, la position zéro. De nos trois corps, c’est l’âme qui est la plus proche de notre Centre. C’est pourquoi elle se sent chez elle dans l’état d’équilibre du «rien».

Essayez d’imaginer l’état originel de notre être, le Centre de notre être, où il n’y a que de la tranquillité.

Comparez cet état avec les interactions de nos idées, de nos sentiments et de nos tendances qui nous entraînent dans le monde du mouvement et de la pensée, créant ainsi les différentes vrittis dans le champ de notre conscience. Mais notre âme, l’atman, est elle aussi incarnée, elle est reliée au corps physique, si bien qu’elle est également impliquée dans le mouvement et la pensée («ath» signifie «mouvement » et «man» signifie «penser»). En fait, elle est impliquée dans tout ce que nous pensons et faisons. Sans elle, nous n’existerions même pas un milliardième de seconde. Notre âme se sent chez elle dans le mouvement et la pensée, tout comme dans la tranquillité. Il y a un flux constant entre la tranquillité et l’activité ou, comme le dit Vivekananda, entre l’activité et le repos.

C’est pour cela que, dans le yoga, nous tentons de maximaliser notre potentiel dans ces trois dimensions – le calme, la pensée et le mouvement. Pour ce faire, nous nous préoccupons principalement de deux choses: tourner notre attention vers l’intérieur et revenir à la tranquillité pendant la méditation, et affiner nos activités, afin que nos pensées et le mouvement vers l’extérieur favorisent notre évolution, notre bonheur et notre équilibre. Nous ne pouvons pas être tout le temps dans une totale tranquillité – sinon nous serions morts – et la tranquillité n’est pas le seul but du yoga, qui recherche aussi l’efficacité dans l’action. Nous apprenons ainsi à intégrer le calme et l’activité en un heureux équilibre dans nos actions quotidiennes. J’ai déjà écrit à ce sujet un article intitulé «Le paradoxe de la tranquillité».

Si l’âme est heureuse tant dans le calme que dans la pensée et le mouvement, pourquoi ne sommes-nous pas toujours contents?

Cette combinaison de calme et d’activité, lorsqu’elle est vécue dans la pureté et la simplicité, permet à l’âme de rayonner, en d’autres mots de faire régner la joie et le bonheur intérieurs. Quand les vagues des vrittis s’apaisent, comme c’est le cas pendant la méditation, nous voyons notre vraie nature. En maîtrisant l’art de la méditation, nous apprenons à l’extérioriser dans toutes nos activités. C’est là une autre des particularités de Heartfulness: maintenir en nous toute la journée l’état méditatif, grâce à la pratique appelée le souvenir constant.

Nous créons notre mélange de vrittis

Mais alors, si l’âme est heureuse aussi bien dans le calme que dans la pensée et le mouvement, pourquoi ne sommes-nous pas toujours contents? Parce que nous créons notre propre mélange de vrittis, fondé sur nos «j’aime» et «je n’aime pas», qui nous éloigne de notre Centre. Ce mélange personnel de vrittis est l’expression de notre personnalité. Un yogi d’envergure peut «lire» ces schémas dans le champ de conscience d’une personne, et décrire immédiatement son état – paisible ou troublé, aimant ou en colère, léger et calme ou lourd et turbulent, et bien d’autres choses encore.

Patanjali classe les vrittis en deux catégories: colorées (klishta) ou incolores (aklishta), c’est-à-dire impures ou pures. Celles qui sont impures mènent aux turbulences, celles qui sont pures mènent à la tranquillité. Ainsi le mental est une source soit d’asservissement, soit de liberté, selon la façon dont nous le cultivons et le formons. Le yoga ne s’intéresse donc qu’à cela: comment utilisons-nous le mental? La maîtrise du mental, l’élimination de toutes les impuretés dans le mental, tel est le but du yoga.

Patanjali poursuit la description des cinq vrittis: la connaissance juste (pramana), la connaissance erronée (viparyaya), le fantasme ou l’imagination (vikalpa), le sommeil (nidra) et la mémoire (smriti).

Schema perturbations mentales Magazine Heartfulness

Le sommeil

Toute vie manifestée semble exiger une période de sommeil, de calme où trouver une force supplémentaire, une vigueur renouvelée pour la manifestation suivante, ou pour l’éveil à l’activité. C’est ainsi que procède toute progression, toute vie manifestée – par vagues successives d’activité et de repos. Ces vagues se suivent en un enchaînement sans fin de progressions.

Swami Vivekananda

 

Nous avons déjà étudié les trois premières vrittis: pramana, viparyaya et vikalpa – la connaissance juste, la connaissance erronée et l’imagination. La quatrième vritti est le sommeil. Il s’agit d’un autre état du mental, qui a un but totalement différent. Patanjali nous en dit ceci:

1.10 Abhava pratyaya alambana vritti nidra

Le sommeil profond est le schéma de pensée subtil qui embrasse le «rien» –  la négation des autres schémas de pensée. Il se définit par l’absence de contenu.

Le sommeil profond est un état inconscient sans contenu, dans lequel les fréquences de nos ondes cérébrales ralentissent, presque jusqu’à zéro; on les appelle les ondes Delta, elles se situent entre 0,5 et 3 Hz. L’activité y est minimale. À tout autre moment, excepté durant le samadhi, nous avons des pensées. Nous n’en avons pas pendant le sommeil profond, qui n’est pas très différent du samadhi, si ce n’est qu’en samadhi nous pouvons être conscients.

Pourquoi avons-nous besoin de dormir? Le sommeil en ondes Delta est régénérant et dynamisant, car lorsque notre corps et notre mental sont au repos, d’autres processus de guérison peuvent purifier et restaurer notre système. Le sommeil profond nous renouvelle; nous y sommes mentalement inactifs, les fréquences de nos ondes cérébrales sont presque à zéro, reflétant le calme de notre processus mental. Le mental est à peine ridé par les vagues, le lac de la conscience est presque immobile.

 

Schema Psychologie yoga niera Magazine Heartfulness

 

Dans le sommeil profond, nous sommes absorbés dans l’âme, dans un état d’unité. C’est un état profondément spirituel, proche de Dieu.

En outre, lorsque le corps et le mental ne requièrent pas d’attention et ne créent pas de vagues, nous pouvons nous retirer dans l’âme. Dans le yoga, on appelle cet état de sommeil profond sushupti. La connaissance du corps physique advient à l’état d’éveil ou jagratha et celle du mental dans l’état de rêve ou swapna. La connaissance de l’âme advient dans le sommeil profond ou sushupti. En fait, c’est l’âme même.

Dans le sommeil profond, nous sommes absorbés dans l’âme, dans un état d’unité. C’est un état profondément spirituel, proche de Dieu, mais nous n’en sommes généralement pas conscients. Le fait d’être proche de Dieu et de demeurer dans l’âme nous procure l’expérience de la joie et de la félicité, même sans que nous le sachions.

Sushupti et samadhi

Certains yogis disent rester conscients dans l’état de sommeil profond, sushupti, mais s’agit-il vraiment de conscience? Pas comme on l’envisage généralement. On peut dire qu’on est conscient sans la manière habituelle de s’en rendre compte. La conscience est une fonction du mental, alors que dans l’état de sushupti nous sommes au centre même du mental, dans le domaine de l’âme. Heartfulness en donne une magnifique description: c’est un état d’ignorance supérieure, au-delà du mental conscient, au-delà du mental pensant, au-delà du mental observateur. Les mystiques chrétiens d’autrefois l’appelaient «le nuage d’inconnaissance». C’est un état encore plus subtil que la conscience, au seuil du «rien» absolu. La mesure des fréquences des ondes cérébrales nous montre qu’elles ne sont pas à zéro, mais très basses; ces ondes Delta reflètent l’activité autonome minimale nécessaire à la régénération. C’est le niveau d’existence le plus bas.

En samadhi profond, les adeptes de la méditation peuvent atteindre un état similaire à celui de sushupti. Quelle est la différence entre sushupti et samadhi? C’est la possibilité de faire l’expérience de samadhi en étant pleinement conscient. Ce n’est cependant pas toujours le cas; il existe différents stades de samadhi: depuis le sommeil profond, tel l’état d’inconscience pareil à celui d’une pierre ou pashantuly, jusqu’à la totale conscience. Cela dépend de la façon dont nous méditons, dont nous élargissons notre conscience et dont nous nous connectons à l’âme.

Cet état de samadhi pleinement conscient est appelé sahaj samadhi, ou état de turiya – la conscience dans le «rien». Dans cet état, les ondes cérébrales Delta à très basses fréquences sont les mêmes que dans le sommeil profond, et la méthode Heartfulness peut y conduire dès la toute première méditation, grâce aux effets de la transmission yogique. Nous touchons l’âme, nous la nourrissons, et nous nous sentons pleinement régénérés par la méditation, tout autant que par le sommeil profond.

L’état de samadhi pleinement conscient est appelé sahaj samadhi, ou état de turiya – la conscience dans le «rien».

À l’aide de la transmission, il est assez facile d’expérimenter l’état de turiya. Tandis que notre corps est pleinement détendu, notre mental perçoit certaines choses. Nous ne dormons pas, mais nous sommes totalement relaxés. Nous apprenons ensuite à étendre cette condition à la vie quotidienne, les yeux ouverts. Quand nous conservons en permanence cet état méditatif profond, nous transcendons l’état de turiya pour atteindre celui de turiyatit. Cela n’advient que lorsque le mental est devenu si pur et souple qu’il est libre de toute complexité ou lourdeur qui pourrait bloquer notre capacité à traverser tous ces états d’être. Ce processus dépend de deux choses: notre aptitude à abandonner toutes les colorations (vairagya) et notre pratique (abhyas).

Patanjali l’exprime ainsi:

1.12 Abhyasa vairagyabhyam tat nirodhah

Les vrittis sont calmées par les abhyas (la pratique qui nous conduit vers le Centre) et par vairagya (l’abandon de toutes les colorations mentales).

Par la pratique et en parvenant à l’état de vairagya, nous entrons en résonance avec l’état Absolu, l’état originel de tranquillité. Nous touchons l’âme non seulement pendant le sommeil profond, mais aussi pendant le samadhi, dans un état de conscience de plus en plus développé. Cette connexion se maintient ensuite dans toutes nos activités quotidiennes. L’agitation disparaît. Nos états d’éveil et de sommeil profond ne diffèrent plus tellement. 

Les quatre états

Conscience + pensée = état de veille, jagratha
Inconscience + pensée = état de rêve, swapna
Inconscience – pensée = sommeil profond, sushupti,mort
Conscience – pensée = sahaj samadhi, turiya

On peut être témoin dans chacun de ces quatre états – cela dépend de l’évolution de notre conscience et de ses potentialités sous-jacentes. L’état le plus difficile à observer est celui de sushupti. Combien d’entre nous peuvent être témoins de ce qui se passe dans le sommeil profond ou la mort? La pratique est la clé. Elle nous permet d’utiliser ces états profonds de sushupti et de samadhi pour notre croissance spirituelle.

La question suivante vient alors à l’esprit: pourquoi croyons-nous ignorer ce qu’il se passe dans l’état de sushupti?

On pourrait répondre que notre mental conscient n’est pas actif dans cet état de sommeil profond et qu’il n’y a donc aucun accès possible à de l’information.

On pourrait dire aussi que rien ne s’y trouve qui soit susceptible d’être connu! Que pourrions-nous savoir de l’âme, du «rien»? Et comment connaître quelque chose qui se trouve au-delà de la connaissance? Lorsque nous entrons dans l’état de sushupti, les éléments de l’état de veille et de l’état de rêve se rétractent et fusionnent sous forme de graine. Il n’y a alors aucune conscience. Nous parlons donc d’ignorance, mais sans du tout comprendre de quoi il s’agit réellement.

L’importance du sommeil

Le sommeil est donc la vritti qui nous fait descendre le plus profondément et le plus près de notre Centre. Et cela se passe toutes les nuits, depuis notre gestation dans le ventre de notre mère, jusqu’à notre dernier jour. Quand nous parvenons à discipliner nos cycles de sommeil, cela change notre vie, car la qualité et la profondeur de notre sommeil déterminent notre état d’esprit tout au long de la journée.

En général, il est préférable de se coucher tôt, pour être en harmonie avec les cycles naturels. Lorsque vous manquez de sommeil pendant une nuit, observez comment vous vaquez à vos activités le lendemain. Le manque de sommeil nous rend impatients, irritables et nous enlèvent notre créativité. Faites la comparaison avec une nuit où vous vous couchez tôt, avant d’être épuisé, et voyez comment se déroulent vos activités le lendemain. Bien dormir nous permet d’être inventifs, innovants. La différence vous sautera aux yeux.

Le sommeil est donc la vritti qui nous fait descendre le plus profondément et le plus près de notre Centre. Et cela se passe toutes les nuits, depuis notre gestation dans le ventre de notre mère, jusqu’à notre dernier jour.

Quand nous dormons bien, notre méditation du matin s’améliore radicalement elle aussi; nous méditons avec un esprit reposé et nous maîtrisons bien notre conscience. Et quand nous méditons bien, il nous est possible, tout en restant conscient, de plonger dans des états profonds, dans le sahaj samadhi. C’est alors que nous nourrissons notre âme et laissons sa joie rayonner dans tous les aspects de notre vie.

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Kamlesh Patel

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