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Le cœur, le corps et le jeûne. Entretien avec Thierry Casasnovas, 4e partie

Le cœur, le corps et le jeûne. Entretien avec Thierry Casasnovas, 4e partie

Article Thierry Casasnovas 4e partie Magazine Heartfulness

Cette fois-ci, Thierry Casasnovas nous explique les principes d’un jeûne bien compris et individualisé. Tout en soulignant l’importance de s’écouter et d’être attentif à ses propres besoins, il nous invite à stimuler les capacités adaptatives de notre corps en le poussant dans les limites de ce qu’il peut tolérer. Car, comme le dit la loi de l’hormèse, un organisme soumis à un effort bien mesuré s’améliore, mais s’il n’est pas fréquemment mis au défi, il régresse…

 

Tu évoquais dans la partie précédente des peurs que peuvent susciter en nous certaines réactions du corps. Pourrais-tu nous parler des étapes du jeûne, et des principaux symptômes qui peuvent se manifester?

Premier principe, c’est en jeûnant qu’on devient spécialiste du jeûne. C’est-à-dire que la connaissance du jeûne se construit par l’expérience, en discernant peu à peu ses expressions symptomatiques. Deuxième principe, la limite de ce qui est acceptable, c’est la personne elle-même qui la fixe.

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois que le corps est nettoyé, les réactions cessent. Moi, par exemple, qui suis habitué à jeûner, je peux le faire pendant des jours, tout en continuant mes activités, et personne ne se rendra compte que je fonctionne sans eau et sans alimentation. Je n’ai pas de manifestations pénibles, comme des douleurs articulaires, parce que le travail de nettoyage a été fait auparavant.

Stopper un jeûne parce qu’on se sent dépassé par les symptômes ne pose aucun problème. Lorsqu’on s’y remettra, le corps nous ramènera immédiatement à l’endroit où on s’était arrêté.

Imaginons que tu te mettes à jeûner pour la première fois. Tu te sens un peu fatigué, tu as peut-être un mal de tête, une éruption de boutons ou d’autres symptômes. À un moment donné tu te diras: «Non, là c’est trop, je m’arrête.» Tu recommenceras à t’alimenter, en te reprochant sans doute de n’avoir pas continué. En fait s’arrêter n’est pas si grave, car la fois suivante tu iras un peu au-delà. C’est ainsi, progressivement, que ce savoir-là se construit.

Pour moi, les maîtres mots sont écoute, ressenti et progressivité.

Stopper un jeûne parce qu’on se sent dépassé par les symptômes ne pose donc aucun problème. Lorsqu’on s’y remettra, le corps nous ramènera immédiatement à l’endroit où on s’était arrêté. Il nous dit: «Tu t’es arrêté à cette étape, je t’y ramène.» Il te confrontera au même genre de symptômes tant que tu n’auras pas franchi le stade de la peur et laissé suffisamment de temps à ton corps pour se nettoyer. Donc le processus se fera, et progressivité, écoute, douceur, bienveillance sont pour moi essentiels.

Peux-tu nous parler de certains processus, comme l’hormèse, l’autophagie, et nous en dire plus sur cette protéine importante pour le cerveau qu’est la BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor)?

La loi de l’hormèse est la 2ème magnifique loi du vivant. Je t’ai parlé de la première, la loi de l’homéostasie qui dit que tout système revient spontanément à l’état d’équilibre et qu’il y reviendra d’autant plus spontanément qu’on le place dans un état de repos.

Mais qu’est-ce que le repos? Ce n’est pas ne rien faire – c’est une bonne utilisation de l’organisme, en d’autres termes, le fait de ne pas le sur-solliciter. Sur-solliciter signifie dépasser la capacité de notre organisme à s’adapter à la situation. C’est un facteur totalement individuel, car la limite supérieure est différente pour chacun, et ce dans chaque domaine de la vie.

La loi de l’hormèse nous dit: chaque fois qu’on exige de son corps un effort qui ne dépasse pas ses capacités adaptatives, son fonctionnement s’améliore. Donc le repos n’est pas laisser son corps tranquille dans un coin à prendre la poussière, c’est le solliciter dans les limites de sa capacité adaptative. Et la loi de l’hormèse nous dit que lorsqu’on sollicite son corps et son être dans sa globalité à la limite de ce qu’on peut tolérer – dans l’inconfort en restant dans le tolérable – c’est là qu’on en retirera le plus de bénéfice.

Dans ces situations, les facteurs de stress positif libèrent des substances, en particulier celle que tu citais, la BDNF, qui est un facteur neurotrophique, c’est-à-dire qu’il favorise la croissance de tout notre tissu neuronal. Globalement cela te rend plus intelligent et plus vif, en augmentant les relations neuronales.

Si l’être humain n’est pas régulièrement mis au défi dans ses limites, il régresse.

Nous sommes donc faits pour être soumis régulièrement à des demandes adaptatives, à des stress qui stimulent la capacité d’adaptation de notre organisme. Le problème vient de ce que la société actuelle nous met dans des situations qui dépassent nos possibilités d’adaptation. Cela nous met dans un état d’angoisse, et lorsqu’on rentre chez soi on n’a qu’un désir, s’enfoncer dans un confort absolu… et c’est l’atrophie.

La bonne mesure n’est pas le dépassement de nos limites ni l’atrophie, elle se situe entre les deux, avec des défis adaptés qui nous poussent à la limite de notre capacité adaptative sans jamais nous mettre en échec. Telle est la loi de l’hormèse qui guide toute amélioration du fonctionnement d’un individu. Et c’est super important.

Cela se traduit sur le plan physique aussi bien que moral. S’ils ne sont pas soumis à des défis, nos muscles s’atrophient automatiquement. Si l’humain n’est pas régulièrement mis au défi dans ses limites, il régresse.

Et l’autophagie?

L’autophagie est une caractéristique du jeûne. C’est l’une des merveilles du jeûne qui illustre les lois de l’homéostasie et de l’hormèse. Lorsqu’on s’arrête de manger, un processus se met en place. Les tissus sains de l’organisme se nourrissent aux dépens des tissus qui sont le plus dégénérés. Lorsque la nourriture se fait rare, le meilleur de nous-même va se nourrir, en laissant le pire, la partie la plus dégénérée de nous-même, mourir de faim en quelque sorte.

C’est un processus de régulation qui fait que dans le corps ce qui n’est pas fonctionnel va disparaître pour être renouvelé. La bonne nouvelle c’est que même si une partie de nous meurt, le renouvellement cellulaire qui a lieu en permanence va créer de nouvelles cellules et de nouveaux tissus qui eux vont être sains.

L’autophagie, c’est l’évacuation des déchets, c’est-à-dire l’élimination, le renouvellement et le rajeunissement permanents de l’organisme.

Donc le processus d’autophagie est le renouvellement normal de l’organisme, le sain qui se nourrit au détriment du malsain. C’est l’évacuation des déchets, c’est-à-dire l’élimination, le renouvellement et le rajeunissement permanents de l’organisme que favorise particulièrement les périodes de repos et de jeûne. C’est alors que l’autophagie est à son maximum.

Donc le corps se débarrasse lui-même de ses toxines, de ses déchets et de ses tumeurs?

Exactement. Les déchets représentent ce qui ne peut pas être utilisé par l’organisme, qui va donc les évacuer. En revanche l’organisme se nourrit de ses graisses et, comme les ressources alimentaires sont limitées puisqu’on est en train de jeûner, les graisses seront dirigées vers les cellules les plus saines pour que celles-ci se dupliquent, tandis que les cellules les plus malsaines vont tout simplement mourir.

Alors faut-il attendre d’être malade pour se mettre à jeûner?

Telle que je la comprends, la maladie nous avertit que les mécanismes adaptatifs du corps ont été dépassés. Mieux vaudrait alors nourrir les systèmes adaptatifs de manière à ne pas tomber malade.

Malheureusement, pour la plupart d’entre nous, notre culture ne nous invite pas à considérer le vivant comme il devrait l’être. Il faut parfois attendre d’être malade pour pouvoir avancer. La maladie hélas est souvent un facteur motivateur. Or, nourrir la vie commence dès le plus jeune âge.
Je suis donc très content quand des parents me contactent et me disent qu’ils ont compris l’importance de bien nourrir leur enfant. C’est un gosse qui sera né dans cette culture de la vie, non pas celle de la mort, et qui toute son existence aura des outils, des ressources, un terrain, une base sur lesquels se fonder, et qui sera costaud.

Mais il y a énormément à faire pour renforcer les organismes et en particulier ceux de nos enfants. Je suis père d’un petit d’un an et demi et je mets toute mon énergie à le renforcer – et j’en vois les fruits, car c’est une force de la nature, ce garçon, il a une de ces résistances…!

Donc tout le monde peut jeûner? Les enfants, les personnes âgées…?

Tout le monde peut jeûner. C’est toujours pareil, le jeûne commence à partir du moment où il est librement choisi, sinon c’est de la privation de nourriture et de la maltraitance. Tu poses la question des enfants… oui, ils jeûnent régulièrement et j’ai un très bon moyen pour les y amener. Je ne leur dis pas qu’aujourd’hui on ne va pas manger, je les occupe tellement, je les amuse tellement qu’ils en oublient de manger!

Et ils arrivent le soir et se disent: «Ah tiens, on n’a pas mangé!» et le lendemain on va se faire un bon repas et ils auront jeûné sans s’en rendre compte. Sinon c’est de la maltraitance.

Je parle d’un enfant malade qui de lui-même n’aura pas faim.

Spontanément l’enfant le ressent, et là il faut lui donner des informations et lui dire: «Écoute, il est fort possible que tu n’aies pas faim et c’est normal. Voilà ce qui se passe dans ton corps, ce n’est pas le moment de manger.» Et de lui-même il te dira: «Je comprends, c’est important de jeûner.» Là on lui a donné une vraie culture, une transmission sincère, une force, et une connaissance qui l’accompagnera tout au long de sa vie.

Alors il n’y a pas de contre-indication particulière?

Non, la seule chose qui compte est le fait de s’écouter, de se respecter. Quand ça devient trop difficile, on s’arrête, voilà tout. Ressenti, ressenti, ressenti. Bien-sûr qu’il n’y a aucune contre-indication. Toutefois, pour certains ce sera un jeûne de quelques heures et pour d’autres de quelques semaines. Cela dépendra de la personne. Pour ne pas risquer de se tromper, voici la règle d’or: y aller doucement et progressivement. Faire ses classes petit à petit.

Si tu ne sais pas nager, tu ne sautes pas sans bouée dans un grand bassin, sinon tu risques de te noyer. Tu commences par aller dans le petit bassin où tu as pied, puis tu expérimentes doucement.

Pour le jeûne, c’est pareil. Si tu n’as jamais jeûné, tu commences par retarder le premier repas. Tu peux par exemple ne pas prendre de petit déjeuner à ton réveil, attendre une heure, puis encore une, et de fil en aiguille tu te retrouves à ne pas manger jusqu’à midi. Tu as fait ce qu’on appelle un jeûne intermittent et c’est parfait.

Quand ça devient trop difficile, on s’arrête, voilà tout. Ressenti, ressenti, ressenti.

Peu à peu, tu vas retarder le repas de midi et ne faire qu’un repas par jour. Et le jour où tu te sens vraiment à l’aise avec ça, tu resteras à jeun la soirée, ayant ainsi jeûné pendant 24h. Voilà comment, en progressant doucement, tu apprendras à connaître ton corps en toute quiétude, à découvrir ses réactions, comment il fonctionne, et alors tu es gagnant.

À ce stade, tu as fait ton expérience, tu as construit des savoirs qui ne dépendent plus d’une autorité extérieure, mais de ce qui se passe à l’intérieur de toi-même. Tu es libéré. Tu ressens une liberté totale, car tu as rencontré la vie.

À suivre

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Thierry Casasnovas

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