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Le pouvoir d’une pause

Le pouvoir d’une pause

Donna Cameron est l’auteur de A Year of Living Kindly. Elle nous livre ses réflexions sur l’importance de ménager un espace entre le stimulus et la réaction dans les activités de la vie quotidienne, en apprenant à maîtriser le pouvoir d’une pause.

La liberté humaine suppose l’aptitude à faire une pause, afin de choisir la seule réponse pour laquelle nous sommes prêts à nous engager.Rollo May

Il y a quelque temps, une amie regardait l’énorme collection de citations punaisées sur tout un mur de ma tanière. Inexplicablement, elle s’est mise à pleurer. Puis elle a sorti un stylo de son sac et a copié cette citation de l’écrivain Viktor Frankl, survivant de l’Holocauste:

«Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. C’est dans notre réponse que résident notre croissance et notre liberté.»

«C’est exactement ça», m’a-t-elle expliqué. «Chaque fois que je suis tentée de prendre un verre, j’ai besoin de faire une pause dans cet espace entre stimulus et réponse. Si je prends le temps de réfléchir, je ne bois pas. Si je ne le fais pas, je cède à la tentation et je bois un verre.» Je savais que mon amie faisait partie des AA et que pour elle la sobriété représentait toujours un combat.

J’ai réfléchi aux paroles de Frankl et j’ai vu qu’elles s’appliquaient à bien des choses. Non seulement à l’alcool, mais aussi à la boulimie, au tabagisme, aux dépenses… à toutes les actions que nous faisons automatiquement, sans y penser ou presque. Nous laissons une dépendance ou une réponse toute faite prendre le pas sur notre libre arbitre. Et, comme l’explique Frankl, chaque fois que nous n’obéissons pas à un réflexe, nous grandissons et revendiquons un peu plus de notre précieuse liberté.

Ses sages paroles s’appliquent tout aussi bien à la bonté. Récemment, en arrivant au bureau de poste, j’ai vu un homme klaxonner à cause d’une voiture qui bloquait sa sortie. Comme la conductrice ne s’est pas déplacée immédiatement, il a klaxonné de nouveau, puis une troisième fois, de plus en plus fort et longuement.

J’aime à penser que s’il avait fait une pause, il aurait peut-être choisi de réagir autrement. Peut-être aurait-il haussé les épaules et regardé sa montre en se disant: «J’ai le temps.» Ou peut-être n’aurait-il donné qu’un petit coup de klaxon pour l’avertir de sa présence, au lieu de ces appels tonitruants et agressifs.

Je sais qu’il m’est arrivé de réagir avec brusquerie face à l’impolitesse ou au comportement déplaisant de quelqu’un. Mais il s’agit du comportement de l’autre, et il ne devient le mien que si je me laisse entraîner à l’imiter. Rien ne m’oblige à me conduire ainsi, j’ai le choix. Quand je réagis comme lui, la situation ne s’améliore pas et je ne me sens pas mieux pour autant.

Je sais aussi que lorsque je lance une réplique cinglante à quelqu’un (le plus souvent mon mari), c’est parce que je suis fatiguée, que je me sens dépassée, pas à la hauteur ou – je l’admets – que j’ai faim. Une petite pause à point nommé peut m’empêcher de dire ou faire quelque chose que je regretterai plus tard. Elle maintient l’harmonie. Elle me permet de réajuster mon cap et d’être la personne que je veux être. C’est une de ces leçons que nous apprenons et réapprenons sans cesse, jusqu’à ce qu’enfin la pause devienne la réponse automatique.

Nos mères avaient bien raison de nous dire de nous arrêter et de compter jusqu’à dix quand nous nous mettions en colère. C’est là tout le pouvoir d’une pause. Il y a des choses qui doivent être dites et d’autres qui n’ont pas besoin de l’être. Si nous nous arrêtons pour réfléchir avant de parler, nous faisons généralement la différence.

Les Rotariens ont eu une bonne idée. Le Rotary International – l’organisation de solidarité au service des droits de l’homme dans le monde – propose un test en quatre questions qui aide ses membres à décider s’ils doivent agir ou parler, et comment. Avant de répondre, ils examinent les points suivants:

– Est-ce la vérité?
– Est-ce juste envers toutes les parties concernées?
– Est-ce que cela favorisera la bonne volonté et l’amitié?
– Est-ce que ce sera bénéfique pour toutes les parties concernées?

Si la réponse à l’une de ces questions est non, ils gardent le silence. Des gens sages, ces Rotariens. Les politiciens auraient beaucoup à apprendre d’eux.

Une chose aussi simple qu’une pause détient un pouvoir énorme. Elle nous donne le temps d’apprécier si l’action que nous envisageons aura vraiment le résultat que nous en attendons. Parfois, lorsque nous faisons une pause, nous percevons qu’il vaut mieux simplement en rester là sans rien dire. La pause nous donne le don de la grâce.

A d’autres moments, la pause est un cadeau que nous nous offrons – celui de savoir apprécier. La prochaine fois que vous accomplirez un acte de bonté, ou que vous serez le bénéficiaire ou le simple témoin d’une gentillesse, faites une pause et prenez conscience de tous les sentiments gratifiants que vous éprouvez. Une pause nous permet de reconnaître l’importance de la gentillesse dans nos vies et de réaffirmer le choix que nous avons fait de suivre le chemin de la bonté.

Je dirais que le pouvoir de la pause vaut celui du barrage Hoover. C’est aussi fort que ça. Une pause peut permettre de comprendre, retenir des paroles blessantes, éviter de briser un cœur. Prendre le temps d’une pause et réfléchir à ce que je désire que ma réponse génère – et pourquoi – au lieu de laisser fuser inconsidérément une parole ou un acte, m’a transformée. Dans ce bref temps d’arrêt, je peux complètement modifier ma réaction, ou même décider de ne pas répondre du tout. Cette mise en suspension m’a toujours guidée vers un mieux.

Une pause à point nommé peut nous empêcher de dire ou faire quelque chose qu’on regrettera plus tard. Elle nous permet de réajuster notre cap et d’être la personne que nous voulons être.

Une pause n’est pas un espace vacant. C’est un lieu qui recèle un potentiel de croissance immense. C’est ici que nous déterminons qui nous serons à cet instant-là, et à l’instant suivant.

Vous souvenez-vous d’une situation qui aurait débouché sur une issue plus satisfaisante si vous aviez fait une pause avant de répondre? Y a-t-il des moments où vous êtes plus susceptible de réagir de façon cinglante ou désagréable – des moments d’inquiétude ou de fatigue, par exemple? Une pause au bon moment serait-elle opportune? Prenez la décision d’en faire une la prochaine fois que vous sortirez de vos gonds. Et quand vous ferez un acte de gentillesse, ou que vous en serez le témoin, faites une pause et observez ce que vous ressentez.

Tiré de A Year of Living Kindly, avec la permission de l’auteur.

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Donna Cameron

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